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« Dans cette période complexe et assez anxiogène, il existe un moyen de faire baisser le niveau de stress : se mettre dans l'action. »
Camille Mascali : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager auprès du Labo des Partenariats initialement ?
Michel Sanitas : Premier facteur, j’ai trouvé le projet très intéressant et particulièrement adapté à la période complexe dans laquelle nous vivons (les inégalités, l'environnement, le retour à l'emploi…). Dans ce contexte,la méthode “top down” n’est pas suffisante et il faut avoir une démarche“bottom up” complémentaire.
Deuxième facteur, le phasage du projet.Nous nous sommes rencontrés au tout début du projet. L’avantage c'est donc qu’avec des actions et financements relativement modestes, on peut avoir un impact maximum ? Nous étions très en amont puisque nous avons même participé aux discussions préliminaires et l’avantage c'est donc qu’avec des actions et financements relativement modestes, on peut avoir un impact maximum.
Troisième facteur et le meilleur pour la fin : les porteuses et porteurs de projets.
On dit toujours « mieux vaut un mauvais projet porté par des bons porteurs qu’un bon projet avec des mauvais porteurs ». En l'occurrence c'était les 2, ça tombe bien ! Ils ont démontré ce que je pouvais pressentir à l'époque : leur capacité d'initiative, leur créativité, leur enthousiasme communicatif...
Camille Mascali : Quel regard vous portez sur votre rôle de financeur de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) et comment est-ce que vous voyez cette mission ?
Michel Sanitas : Pour me positionner, je distinguerai 3 types de financeurs de l'ESS :
- Les financeurs publics (État, ministères ou collectivités territoriales), avec des limites bien souvent de budget.
- Les grandes entreprises ou fondations d'entreprises : qui ont leurs propres contraintes,notamment car le financement de l’ESS se substitue au revenu de ses actionnaires et de ses salariés, avec l’obligation en retour de justifier de l'emploi et de la bonne utilisation de ces fonds.
- Les fondations familiales : beaucoup plus petites en nombre de financement mais possédant en revanche, d'autres degrés de liberté.
« Je pense que les fondations familiales peuvent jouer un rôle particulier pour financer ce que j’appelle l'infinançable dans la durée ».
Notamment la R&D sociale et le développement du capacity building, c’est-à-dire consolider l'approche et donc financer des postes, de l’étude d'impact …comme c’est le cas pour Le Labo !
Camille Mascali : Quels sont pour vous les défis du financement de l'ESS ?
Michel Sanitas : Pour moi la question n'est pas « Quels sont les grands défis du financement de l'ESS ? » mais « Quels sont les grands défis de l'ESS ? ». Une fois qu'on aura posé les défis de l'ESS, on verra éventuellement comment les financer.
- Être visible du public et des pouvoirs publiques : on va entrer dans des campagnes électorales par exemple et je fais le pari qu'à aucun moment on ne va actionner le levier de l’ESS. C'est quand même étonnant pour un secteur d'activité qui représente à peu près 12% du PIB !
- Penser en termes de chaîne de valeur ajoutée sociale : Le mot-clé ici c'est positionnement : D’où je prends le problème ? Et quels sont aussi, sur mon territoire ou ailleurs, les collègues qui font peu ou prou la même chose ?
- Développer les coopérations sur ces chaînes : il faut penser coopération entre citoyens, pouvoirs publics et tissus économique.
Camille Mascali : C’est très intéressant de parler des défis, car ils sont aussi amenés à changer et à fluctuer en fonction du contexte économique, politique dans lequel l'ESS va s'inscrire.
Michel Sanitas :
La particularité de l'ESS c'est d'adresser la complexité. Pourquoi l’ESS existe ? Parce que le reste ne marche pas seul et que le marché ne règle pas tout.
Il faut mettre en œuvre des mécanismes de pensée complexe, au sens latin du terme « complexus », qui signifie tissus. Le complexe c'est un entrelacement de différentes choses qui amène à avoir aussi une pensée entrelacée : des gens d'horizons différents qui ont des compétences, des expériences, différentes et qui pourtant coopèrent.
Camille Mascali : Qu’est-ce qui vous parle particulièrement et qui vous donne envie vraiment de vous embarquer avec une équipe ?
Michel Sanitas : La confiance, la durée, la transparence. Et puis 2 valeurs qui fonctionnent ensemble : la bienveillance et l'exigence.
Être exigeant avec nos entrepreneurs sociaux, c'est les reconnaître dans ce qu'ils sont, dans ce qu'ils font et dans le potentiel qu'ils ont. Quand on n'est pas exigeant avec quelqu'un, ça veut dire en gros qu’on marque son désintérêt ou qu'on n'y croit pas.
Camille Mascali : Est-ce que vous avez en tête un projet ou une collaboration avec Le Labo qui vous a particulièrement marqué ?
Michel Sanitas : J'ai un souvenir marquant : une manifestation organisée par le Labo il y 3 ou 4 ans et une campagne de communication avec l’objectif de rassembler plusieurs centaines de personnes autour d’ateliers d’intelligence collective pour faire émerger des pistes de solutions. C'est une grande messe qui ne s'improvise pas !
Il y avait à la fois des citoyennes et des citoyens,des financeurs, des élus locaux… Et puis soudain une adjointe de la municipalité de Strasbourg me prend à part et me dit : ”Mais comment ils font ? Comment expliquer qu’ils arrivent à mobiliser des gens, parce que nous,au niveau de la municipalité, avec notre image, notre représentativité, notre légitimité, nos moyens financiers, on n'arrive pas à faire aussi bien ! “.
L'action du Labo directe et indirecte surprend toujours ! L’ensemble des projets qui ont été soutenus par le Labo, touchaient 8% de la population de l’Eurométropole de Strasbourg en 2022…. Ça commence à faire du monde et ce n’est qu'un début !
Camille Mascali : Qu’est-ce qui vous porte dans votre mission de financeur de projet de l'ESS ? Qu'est-ce qui vous motive pour continuerdans le futur ?
Michel Sanitas : Le facteur humain et l’équipe: c'est avec une bonne équipe qui avance v et qui, si elle se trompe, va s'en rendre compte et trouvera d’autres chemins. Autre facteur, la façon originale d'approcher cette mobilisation citoyenne. Et enfin, les résultats et la mesure de l'impact collectif que l'on peut avoir l'ensemble.
Camille Mascali : Dernière question : Si vous aviez en tête un projet que vous rêveriez de financer, lequel serait-ce ?
Michel Sanitas : Ce n’est pas un projet précis ou un thème (je n’ai pas de thème favori) mais je peux me demander :Quelle serait la caractéristique d'un projet idéal ? Rêvons un peu : ce serait un projet d'économie sociale, qui arrive à dégager une part d'autofinancement, qui embauche des personnes en CDI, qui fédère d'autres acteurs en amont ou en aval et qui est duplicable.
Et bonne nouvelle, il y en a un, qu'on a soutenu et qu'on soutient encore, qui a été accompagné et incubé par le Labo : Sikle !
Camille Mascali : Merci beaucoup pour cet échange. C'était très enrichissant et c'est riche de pouvoir le partager à d'autres personnes.
Michel Sanitas : Espérons que ça motivera d'autres financeurs !
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